samedi 12 mai 2012
Killing Joke - Absolute Dissent
Par Arkenlond le samedi 12 mai 2012, 22:40
Il y a une éternité que je n'avais pas fait de chronique sur ce blog...
Killing Joke, ça fait un bail que je voulais en parler, mais ce
groupe (et cet album), j'ai eu beaucoup de mal à en faire le tour.
D'abord, parce que je n'ai pas l'habitude de ce type de rock : le
post-punk métalleux industriel ne rentre pas dans le registre que
j'écoute d'ordinaire. Ensuite, parce qu'il faut bien reconnaître que
l'ambiance que dégage le style de Killing Joke est loin d'être
consensuelle et me laisse parfois perplexe.
Mais voilà : une fois que j'ai réussi à écouter l'album en entier sans craquer (quelques mois avant d'y arriver, quand même), une fois que j'ai appris à écouter les morceaux et effacer l'impression angoissante que certains morceaux me laissent invariablement... c'est du bonheur. Pour finir, j'apprécie bien plus la fin de l'album que les premiers morceaux, plus subtile que le déferlement de volume des morceaux d'entame, ce qui a du jouer dans mes réticences initiales à aller au bout de l'album. J'ai toujours du mal avec la puissance de Absolute Dissent et The Great Cull, mais une fois que j'aborde European Super State, le malaise se dissipe.
mercredi 9 mai 2012
Chasseuses de tempêtes
Par Arkenlond le mercredi 9 mai 2012, 10:30
Les nuits de tempête, nous ne dormions pas beaucoup, Victorine et moi. À chaque bout de la chambre, nous pouvions nous entendre glousser très avant dans la nuit, bien plus tard qu'il n'aurait été raisonnable pour des filles de notre âge. Nous étions encore tout excitées par nos péripéties, transies mais heureuses d'être revenues à l'abri de nos couettes. Nos cœurs battaient la chamade. Nous restions longtemps essoufflées, les yeux vaguement dirigés vers les rares braises du feu qui s’éteignait lentement. La chaleur qu’elles diffusaient encore suffisait à engourdir nos frileuses carcasses brouillonnes d'avoir couru toute la nuit et une bonne partie de l'aube. J’avais la chair de poule. Il nous fallait longtemps pour sombrer dans le sommeil, les rêves plein des réminiscences de la frénésie qui nous avait saisies au cours de notre aventure nocturne.
mardi 1 mai 2012
La Sorcière
Par Arkenlond le mardi 1 mai 2012, 17:29
La relative tolérance de Valcolombe à l’égard des marges excentriques et martyrisées de la société d’alors avait attiré au Village une bonne quantité de sorcières en quête de liberté et d’argent facile. La plupart d’entre elles se bornaient au boniment, quelques unes s’essayaient aux philtres et autres talismans, rares étaient celles qui pratiquaient l’authentique art de la sorcellerie. Elles n’avaient, pour l’écrasante majorité, aucune idée de ce que cela voulait réellement dire, et n’endossaient le costume que pour mieux laisser croire à leur légitimité. Les sorcières du Val, pour tout vous avouer, me laissaient un sentiment de honte pour leur profession, tant elle était dépréciée par le tournant commercial que leurs pratiques avaient pris au fil du temps que j’avais passé chez le Baron. La concurrence était rude, pourtant, et les clients déçus plus nombreux que les satisfaits; aussi, les vocations fluctuaient beaucoup d’une année sur l’autre.
mardi 17 avril 2012
Sergueï, Boris, Ivan, et Natasha
Par Arkenlond le mardi 17 avril 2012, 18:43
Sergueï : Toi, avec Natasha? Affabulations ! Elle est
trop noble pour toi. Ton caractère de cigale ne saura jamais s’accorder
avec sa minutie de fourmi... Et puis, elle n’est pas dépourvue de
prétendants autrement plus légitimes, je doute donc que tu aies
seulement une chance ! Tu n’as que la prétention pour toi, et encore, je
te ménage. Quelle farce, tout de même. T’imaginais-tu que j’y croirais
un instant?
Boris : Depuis qu’elle consent au baisemain avec toi,
tu ne te sens plus d’orgueil et de suffisance. Veux-tu que je te dise?
Je peux sentir ta jalousie à des verstes à la ronde. Que sais-tu d’elle,
au juste, qui te permette de te moquer de moi? Crois-tu que les
quelques paroles que tu as échangées avec elle peuvent l’amener à te
considérer plus que moi? Laisse-moi donc !
mardi 10 avril 2012
Pierre
Par Arkenlond le mardi 10 avril 2012, 21:34
Les dimanches après-midi, Pierre ouvrait le coffre et fouillait dedans un bon moment. Courbé ainsi, plié en deux dans la gueule béante du couvercle, il faisait peur à voir : un vieux survêtement à bandes échouait à dissimuler le poids qu'il avait pris avec les années.L'arrière de son crâne rendu chauve laissait voir ses oreilles qu'il vait toujours eues décollées. Il n'était manifestement plus que l'ombre de l'athlète qu'il avait incarné jadis, et lorsqu'il se redressait avec son butin en mains, il émettait un éloquent soupir en étirant sa carcasse rompue. La plupart du temps, il tenait dans ses mains un grand album de photographies, un de ces lourds livres tapissés de cuir qui faisaient le bonheur nostalgique des aînés.
lundi 2 avril 2012
Et si j'étais un chemin?
Par Arkenlond le lundi 2 avril 2012, 18:26
Si j'étais un chemin, je serais celui des douaniers. Au bord du monde, je cheminerais entre terre et mer. Je serpenterais le long de la falaise, dissimulé derrière un rocher, en surplomb au-dessus de l'écume furieuse des vagues. J'aurais le plaisir de me tourner vers les champs. J'aurais un regard indulgent vers la campagne sage que je protègerais discrètement des trafics qui ne la concernent pas. Si j'étais un chemin, je serais ce sentier étroit, presque anecdotique... Je serais pourtant témoin du chaos du monde, foulé au pied par la fureur des hommes à convoiter ce qui est à autrui : les nuits sans lune, raide comme la mort, j'entendrais raisonner sur mes marches le brigand qui grimpe, essoufflé, le dos courbé sous le poids de son forfait. Il ignorerait que je sais, pour ses méfaits. Je pourrais le trahir, vraiment, mais à quoi bon? Dans quelques jours, quelques heures peut-être, le vent et le temps auront recouvert de poussière ses traces.Les douaniers n'en sauront rien, puisque c'est moi qui les guide.
vendredi 30 mars 2012
Verbiage
Par Arkenlond le vendredi 30 mars 2012, 21:23
- Je crois que j’ai grippé mon clavardeur.
- Non? Et comment tu fais pour ce soir?
- Je vais lui pousser une caractèrade avec la sensibleuse à mon petit mouchard. Il va sûrement pinger, mais j’ai plus d’échangeur.
dimanche 25 mars 2012
Comment ne pas savoir l'heure?
Par Arkenlond le dimanche 25 mars 2012, 02:01
La voie de la simplicité s’impose comme une évidence : brisez vos montres, détruisez vos ordinateurs et descendez vous réfugier dans la grotte la plus proche, pourvu qu’elle soit assez profonde pour que vous ne puissiez plus voir la lumière du jour. Passez quelques temps sous terre, assez, mais pas trop. Disons... juste ce qu’il faut pour que vous n’ayez plus assez de craie pour marquer le temps qui passe. Et le tour est joué.
samedi 3 mars 2012
Je me souviens
Par Arkenlond le samedi 3 mars 2012, 21:39
Je me souviens de la cérémonie de la vaisselle du Roy, à Versailles. Louis s'asseyait, sa cour lui tendait les reliefs du banquet. Il les jetait négligemment dans le bassin. Il n'y avait plus qu'à aller repêcher la vaisselle en aval, et les domestiques s'activaient, de l'eau jusqu'aux épaules.
mardi 28 février 2012
Je me souviens
Par Arkenlond le mardi 28 février 2012, 21:38
Je me souviens de la sensation étrange, lorsque j'ai mis le pied sur le tapis de bain de la salle de bains. Comment ça, plotch? Je n'avais pas encore pris ma douche.
dimanche 26 février 2012
Je me souviens
Par Arkenlond le dimanche 26 février 2012, 21:37
Je me souviens du chien qui aboyait dans la maison au bout du chemin, là où les voitures devaient faire marche arrière dans les champs de blé.
mercredi 22 février 2012
Je me souviens
Par Arkenlond le mercredi 22 février 2012, 21:36
Je me souviens de la tête de la copiffeuse quand mon oncle lui a déclaré, égal, que s'il avait des cheveux blancs, cétait parce qu'il venait de refaire la peinture du plafond.
vendredi 17 février 2012
Avaler des couleuvres, version imprécise
Par Arkenlond le vendredi 17 février 2012, 21:33
C'était certainement un aigle. Ou bien une buse, mais elle a dû s'envoler du champ, derrière une des fermes sur la colline, par là. En tout cas, l'oiseau était plutôt gris, mais je ne me souviens plus s'il a pris beaucoup de hauteur ou pas. Avec ces bêtes-là, on se sait jamais trop. Et puis il était dans le soleil, je ne le voyais pas très bien. Il a commencé par virevolter, deci, delà. Il a dû se poser au moins deux ou trois fois : je l'ai perdu de vue à plusieurs reprises. Après - ou avant, la mémoire me fait défaut - il s'est mis tournoyer, à monter et descendre. Je n'ai pas bien saisi les mouvements. Je pense qu'il cherchait quelque chose. Ou alors, il a senti un truc qui le dérangeait. Ça se trouve, j'ai peut-être bien réussi à le toucher parce qu'il est tombé d'un coup, droit. Ou plutôt... si je me souviens bien, il est descendu en vrille. Il a piqué, culbuté, la tête en dedans. Je ne l'ai pas retrouvé, mais je suis certain que je lui ai mis quelques plombs dans l'aile. Il y avait du sang sur la pierre du lavoir. Ou sur la borne kilomètrique... J'ai attendu un peu, et puis j'ai vu un autre oiseau, presque le même, tiens, peut-être plus gris. Possible que ç'ait aussi été un rapace, vu qu'il tenait une bestiole entre ses pattes. Mais il courait, ou il volait assez bas pour que je voie ce qu'il avait attrappé : assez long, pas très gros, un peu la forme d'une branche ou d'une racine. En fait, c'était peut-être pas un rapace, vu qu'il a bouffé la branche d'un coup de bec. Ou bien c'était un serpent, la branche. Il commençait à faire sombre, il devait être dans les huit-neuf heures du soir, quelque chose comme ça, on commençait à confondre les cheminées avec leur fumée.
jeudi 16 février 2012
Je me souviens
Par Arkenlond le jeudi 16 février 2012, 21:34
Je me souviens de ma grand-mère qui faisait ses pépites de chocolat au marteau, sur la table du salon.
dimanche 12 février 2012
Avaler des couleuvres
Par Arkenlond le dimanche 12 février 2012, 21:23
C'est tout un art. Prendre son élan, battre avec force et détermination des ailes, les déployer au plus large pour inciter l'air à vous soulever. Chuter, d'abord, pour mieux gagner de l'altitude : quelques secondes d'effort et vous voilà déjà une ombre dans la lumière du soleil, les yeux rivés sur le sol, le regard perçant, les sens en éveil. Ce qui paraissait encore improbable il y a une minute est devenu un simple jeu avec les courants : d'un coup de plumes, il suffit de redresser les vents pour se stabiliser. Reste alors à planer, patiemment, le long des courants d'air, à tourner avec nonchalance, de plus en plus serré. Au sol, on ne doit plus se douter de rien. Vous êtes trop haut pour qu'on vous remarque, trop insignifiant our qu'on puisse ressentir le danger. Mais vous avez les yeux plus affutés que ceux d'un lynx. Il est temps de vous en servir : le repas est là, qui vous attend. Le serpent ondule, paresseux, sous le soleil, lové sur la pierre chauffée à blanc. impossible de le rater. Vous n'avez plus qu'à plonger, droit, et la gravité fera le reste. Vos serres aussi. D'abord elle, pointées vers le bas alors que vous vous redressez déjà, sûr de votre prise. Une couleuvre, emmêlée dans vos pattes, déjà incapable de se défendre, reprendre de la hauteur avec vous. Il ne vous suffira plus, alors, que de l'avaler omme en-cas. C'est tout un art, mais c'est si bon...
mercredi 8 février 2012
Un Labyrinthe à sens unique
Par Arkenlond le mercredi 8 février 2012, 21:14
Pour mes lecteurs les plus fidèles, il y a maintenant plus d'un an (bien tassé) que je vous ai parlé de l'éventualité de publier un petit jeu... Il a fallu le temps, mais c'est enfin fait : ce jeu existe.
Il se base sur un dessin qu'a fait Cyrielle, une amie à moi qui dessine plutôt bien mieux que moi, et raconte l'histoire de trois personnages mythiques. Ces trois-là ont un rapport avec un labyrinthe, et leur destin leur colle à la peau...
Je vous laisse jouer et me dire ce que vous en pensez !
mercredi 25 janvier 2012
La Mécanique du Pardon
Par Arkenlond le mercredi 25 janvier 2012, 19:20
La plupart des gens se souciaient peu de leurs méfaits passés. Beaucoup les oubliaient même de façon délibérée si tant est que l'on peut se forcer à oublier. En revanche, une bonne partie de ceux qui se sentaient victimes des méfaits des autres se faisaient un devoir, presque un sacerdoce, de se souvenir. Ils ruminaient, comme pouvait le faire Laure devant le squelette mutilé de l'arbre qui gisait à ses pieds. Le jardin avait perdu de son charme depuis que son père avait abattu le tronc "pour laisser entrer la lumière sur la pelouse" Il n'était plus le même, bien que l'odieux personnage, devant les récriminations de sa fille, l'ait abandonné à pourrir.
"Ça te fera un banc, au moins comme ça." Et il l'avait plantée là, devant son forfait, les larmes aux yeux, la mine déconfite, avant de s'en désintéresser complètement. Plusieurs années avaient passé, et si Laure avait le coeur serré chaque fois qu'elle effleurait l'écorce désormais vermoulue, lui ne paraissait plus s'en soucier le moins du monde. Il avait obtenu ce qu'il voulait : un espace de pelouse, un terrain assez vaste pour jouer au ballon avec ses neveux. Il semblait même affecter un désintérêt total lorsqu'elle lui demandait - au moins - de déplacer la tonnelle auquelle aucune ramure ne faisait plus d'ombre, pour la reposer plus près de l'eau, sous les peupliers.
Le plus souvent, il haussait les épaules, faisait mine de ne pas comprendre ce qu'elle voulait, et s'éloignait en détournant les yeux. Il lui arrivait même de bougonner un quelque chose qui aurait pu ressembler à une excuse, s'il n'avait cette fierté de ne jamais reconnaître ses torts. Laure ne l'oublierait certainement pas, mais lui ferait mine de ne plus rien en savpoir au moins jusqu'à son dernier souffle. Peut-être, pourtant, le remords, un jour que le temps aurait passé assez, un soir que sa fille lui aurait fait sentir qu'elle ne s'en offusquait plus autant, pourrait à nouveau les jeter dans les bras l'un de l'autre, tout penauds de leur querelle puèrile... mais il aurait fallu que Laure cesse de se donner des airs de Caliméra.
dimanche 8 janvier 2012
Vaillant retour à la terre
Par Arkenlond le dimanche 8 janvier 2012, 15:39
Nous sommes très fiers, à Bazoges-les-Cateaux, d'avoir le privilège d'accueillir en notre commune les jeunes entrepreneurs dynamiques, capables de faire perdurer l'attrait de notre patrimoine rural. En cette époque de modernisme acharné, aliénant tout à la fois terroirs et traditions paysannes, ce n'est pas sans émotion que la municipalité se fait l'honneur d'offrir ce modeste présent à l'espoir renaissant de l'agriculture de notre commune.
Très cher ami, la joie nous étreint tous en cet instant solennel : recevez comme dotation de bienvenue dans votre nouvelle installation cette généreuse botte de fois, offerte par tous vos voisins. Nous espérons que cette donation marquera le début d'une longue aventure parmi nous, et nous sommes certains que votre élevage végétarien biologique en aura, à coup sûr, l'usage très bientôt.
Nous y avons mis tout notre enthousiasme... Voyez-y la chaleur de notre bienveillance à vous voir reprendre avec panache le flambeau jadis vacillant de la ferme du Fond de la Combe. Applaudissons bien fort cette initiative exceptionnelle, et souhaitons-leur avec sincérité :
Bonne chance !
mercredi 4 janvier 2012
Esperluette ?
Par Arkenlond le mercredi 4 janvier 2012, 15:28
Une esperluette est une espèce de jeune fille, un peu dans la lune, pleine d'espoir et de naïveté. Je dis "espèce" parce que, bien évidemment, je ne saurais pas très bien la décrire. Alors, pour m'affranchir de la précision nécessaire, je parle d'espèce. Et puis, c'est dans le ton, esperluette : ça rime avec fluette, fillette, amourette...
Donc, notre esperluette chante comme le diminutif de l'adolescence en goguette (qu'est-ce que je vous disais !), un peu innocente, pas forcément très finaude, mais ravissante d'impertinence juvénile. Je ne dis pas que l'esperluette manque de discernement, ou de jugement, mais je dois dire qu'elle a encore beaucoup à apprendre.
À commencer par les subtilités du vocabulaire de la langue française.
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